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Au cœur de la réserve de la Bibliothèque nationale…

Galerie de livres, Bibliothèque nationale, 20e siècle.
La réserve de la Bibliothèque nationale faisait déjà rêver en 1878. Un monde empreint de sérénité et de sagesse, dont la vie majestueuse coule des jours paisibles siècle après siècle, à juste distance de la rumeur du monde. Écoutons l’écrivain Maxime du Camp (1822-1894) en parler…

« Qu’est-ce que la réserve* ? L’ensemble des galeries et des chambres qui se ferment sur 60 000 volumes environ, dont chacun est une merveille sans prix.

Suave parfum

Une odeur neutre et un peu fade, qui est le parfum des livres, plane dans ces salles silencieuses ; le premier livre imprimé par Gutenberg est là ; le chef-d’œuvre que l’on achève de tirer quelque part y sera, avant que la librairie s’en soit emparée. […]

Chaque livre que l’on saisit vous arrache un cri d’admiration. Tout ce que l’imprimerie a engendré de plus parfait se retrouve là dans un exemplaire de choix et souvent dans plusieurs. C’est l’honneur des nations d’avoir ces nobles richesses abstraites et de ne reculer devant aucun sacrifice pour les augmenter.

L’art exquis de la reliure

Depuis Louis XII jusqu’à nos jours, l’art exquis de la reliure est représenté par des séries ininterrompues, art français par excellence qui s’est éclipsé un instant avec Bozerian et Bradel, mais qui de nos jours a eu une renaissance éclatante avec Capé, Trautz et Beauzonnet.

« Les livres sont vivants pour les initiés et morts pour les profanes. »

Dans cette réserve, d’où l’on ne peut s’arracher, on comprend bien que les livres ont une âme, âme discrète et mystérieuse, qu’il faut savoir interroger et qui ne répond pas au vulgaire indocile. On aime ces volumes qui, semblables à certains personnages des contes arabes, sont vivants pour les initiés et morts pour les profanes.

L’âme discrète et mystérieuse des livres

Il y en a que l’on prend en amitié : on va les voir, on en regarde les caractères irréprochables, on en examine les grandes marges, on constate avec joie que nul ver n’en a piqué les fonds, on contemple les belles majuscules rouges et noires des titres ornés ; on éprouve une certaine sensualité à passer la main sur la lisse épiderme des reliures ; on chasse avec précaution la fine poussière tamisée sur la tranche, et on les remet en place, en ayant bien soin qu’ils ne gênent pas leurs voisins et n’en soient pas gênés. Ils s’ennuient dans les endroits obscurs : il leur faut de la clarté, mais non du soleil ; les armoires vitrées ne leur valent rien et ils se plaisent sur des rayons libres qui laissent circuler l’air autour d’eux ; quelques reliures en cuir de Russie, disséminées parmi eux, leur sont agréables et les enveloppent d’un doux parfum qui ressemble à une émanation personnelle. L’amour des livres est abstrait, comme tous les sentiments élevés ; les véritables bibliophiles qui ont été forcés de vendre leur bibliothèque ne s’en sont jamais consolés. »

in Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du XIXe siècle, Maxime du Camp, Librairie Hachette & Cie, 1879.

* Réserve : partie d’une bibliothèque dont les livres sont accessibles à des conditions particulières.

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Bibliothèque du 19e siècle

La bibliothèque des Arts et Métiers, à Paris, vers 1880.
La bibliothèque des Arts et Métiers, à Paris, vers 1880.

Offrande d'un livre

Dessin illustrant un livre du XVe siècle.
Dessin illustrant un livre du XVe siècle.

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