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D’où vient la reliure ? Premier épisode : au temps des Grecs et des Romains.

Livre carré dans Apocalypse de Saint-Sever. Église d'Éphèse.
Les reliures sont apparues en même temps que les codex, ces livres constitués de feuilles pliées et cousues. Laissons Paul Lacroix (1806-1884), érudit du 19e siècle surnommé « le bibliophile Jacob », nous présenter les reliures anciennes de l’Antiquité grecque et romaine…

« Aussitôt que les anciens eurent fait des livres carrés, plus commodes à lire que les rouleaux, la reliure, c’est-à-dire l’art de réunir les feuillets cousus ou collés dans un dos mobile, entre deux planches de bois, d’ivoire, de métal ou de cuir, la reliure fut inventée.

Ligatores librorum : relier, c’est lier !

Cette reliure primitive, qui n’avait d’autre objet que de conserver les livres, ni d’autre mérite que sa solidité, ne tarda pas à se couvrir d’ornements et à se mettre ainsi en rapport avec le luxe de la civilisation grecque et romaine.

« Les livres étaient alors couchés à plat sur les rayons de la bibliothèque. »

On ne se contentait pas d’ajouter, de chaque côté du volume, un ais* de cèdre ou de chêne, sur lequel on écrivait le titre du livre, car les livres étaient alors couchés à plat sur les rayons de la bibliothèque ; mais, si le livre était précieux, on étendait un morceau de cuir sur la tranche pour la préserver de la poussière, et l’on serrait le volume avec une courroie qui l’entourait plusieurs fois, et qui fut plus tard remplacée par des fermoirs. Dans certains cas, le volume était enveloppé d’une étoffe épaisse, et même enfermé dans un étui de peau et de bois. Tel était l’état de la reliure dans l’antiquité.

Il y avait alors, comme aujourd’hui, de bons et de mauvais relieurs. Cicéron, dans ses lettres à Atticus, lui demande deux de ses esclaves qui étaient très habiles ligatores librorum (lieurs de livres).

Livres carrés et cuirs de couleur

La reliure n’était pas, toutefois, un art fort répandu, parce que les livres carrés, malgré la commodité de leurs formats, n’avaient point encore détrôné les rouleaux ; mais on voit, dans la Notice des Dignités de l’empire d’Orient (Notitia Dignitatum Imperii), écrite vers 450, que cet art accessoire avait déjà fait un pas immense, puisque certains officiers de l’empire portaient, dans les cérémonies publiques, de grands livres carrés, contenant les instructions administratives de l’empereur. Ces livres étaient reliés, couverts en cuir vert, rouge, bleu, jaune, fermés par des courroies ou par des crochets, et ornés de petites verges d’or horizontales ou en losange, avec le portrait du souverain, peint ou doré sur les plats de la couverture.

Un vrai travail d’orfèvre !

Dès le cinquième siècle, les orfèvres et les lapidaires ornaient richement les reliures. Aussi entendons-nous saint Jérôme s’écrier : « Les livres sont couverts de pierres précieuses, et le Christ meurt nu devant la porte de son temple ! » C’est une de ces opulentes reliures que porte encore l’Évangéliaire grec, donné à la basilique de Monza par Théodelinde, reine des Lombards, vers l’an 600. »

in Les Arts au Moyen Age et à l’époque de la Renaissance par Paul Lacroix,
Librairie de Firmin-Didot Frères, 1869.

*Ais : planche de bois.

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Reliure copte

Vestiges d'une reliure copte de cuir jaune et rouge estampés de motifs géométriques.
Vestiges d'une reliure copte de cuir jaune et rouge estampés de motifs géométriques.

Évangéliaire de Charlemagne, détail.

Évangéliaire de Charlemagne, détail.
Évangéliaire de Charlemagne, détail.

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