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Qui est ce revenant ?

Pise. Place du Dôme. Gravure du 19e siècle.
Le jeune historien de l’art Eugène Müntz (1845-1902) effectue un voyage en Toscane.

Nous sommes aux alentours de 1875…

Eugène vit dans un monde moderne, où le chemin de fer a ouvert de nouveaux horizons et la possibilité de voyages très rapides pour tous – enfin, presque tous. Finis les interminables déplacements dans les inconfortables diligences tirées par des chevaux ! L’Europe est désormais quadrillée de voies ferrées et de gares, qui se sont développées rapidement depuis 1850.

Un voyage d’études sur la Renaissance italienne en Toscane

Eugène Müntz est appliqué ; il ne voyage pas pour son plaisir mais pour approfondir ses connaissances et enrichir son travail d’historien. « Il ne s’agit que d’ouvrir les yeux et de noter, avec la précision d’un tabellion, le spectacle qui se déroule devant un chacun. […] Ce que j’offre, ce sont des notes, dont la sincérité fait l’unique intérêt. » Le livre qui en résulte, Florence et la Toscane, est sérieux, documenté ; après une première édition en 1897, une seconde paraîtra en 1901.

L’indiscutable réalité…

Eugène Müntz nous prévient dans son introduction : « Mon voyage d’exploration n’a pas abondé en péripéties émouvantes ». Les anecdotes sont rares, tant le jeune homme est obnubilé par son travail d’historien de l’art et son inventaire des richesses de la Renaissance italienne. Toute la rigueur et le sérieux de cette époque vouée à la science et au progrès transparaît dans sa démarche. Pas d’à peu-près, de flou artistique ou d’inventions personnelles dans son texte. Que des faits vérifiés, des descriptions précises et des énumérations argumentées ! Un peu ennuyeux, diront sans doute ses arrière-arrière-petits enfants. Certes, mais solide et utile.

… et le fantôme de la place du Dôme, à Pise

Derrière l’uniforme de l’homme de science, toutefois, le jeune homme de cette fin de XIXe siècle transparaît au détour d’un trajet vers la place du Dôme, à Pise.
Écoutons son récit :

« En débouchant sur la place, je me trouvai brusquement face à face avec une sorte de fantôme, le corps recouvert d’une tunique en coutil bleu tombant jusqu’aux pieds, les reins ceints d’une grosse corde, le visage caché sous un vaste masque, également bleu, percé de deux trous à la hauteur des yeux – la cagoule. Je reculai effrayé, m’imaginant avoir affaire soit à quelque criminel, à qui l’on avait imposé ce costume pour le pousser à la contrition, soit à un malheureux atteint d’une maladie horrible et condamné à dissimuler ses traits, comme les lépreux du moyen âge.

« Je ne fus pas long à lui donner mon obole, pour me débarrasser de l’horrible vision. »

Le fantôme me présenta une sébile et me dit d’une voix larmoyante : « Pour les pauvres prisonniers ! » Je ne fus pas long à lui donner mon obole, pour me débarrasser de l’horrible vision. Depuis, l’expérience m’a appris que, dans beaucoup de villes d’Italie, c’est là le costume obligé des membres des confréries charitables ; à Florence, notamment, les Frères de la Miséricorde, recrutés parmi les plus illustres représentants de l’aristocratie, se sont fait une loi de le porter dans toutes les occasions où ils exercent leur ministères, – et elles sont nombreuses. »

L’émotion de notre historien de l’art est suscitée par un quasi fantôme, forme hallucinée surgie du passé ! Nous n’en saurons guère plus sur ses sentiments, ses frayeurs et ses expériences vécues en Toscane. Jolie pirouette, non ?

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La Tour de Pise

Pise. La Tour penchée. Gravure du 19e siècle.
Pise. La Tour penchée. Gravure du 19e siècle.

Le revenant !

Frère de la Miséricorde. Toscane, 19e siècle.
Frère de la Miséricorde. Toscane, 19e siècle.

2 commentaires

    • Elles proviennent du livre d’Eugène Müntz, « Florence et la Toscane », édition Hachette publiée en 1901.
      Ce livre de 442 pages est rempli de gravures et de photographies, la plupart dans le texte et quelques-unes à pleine page.

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